Le Médicament comme Objet Social

Midi-MEOS, édition 2017-2018

C'est avec grand enthousiasme que nous vous invitons aux Midi-MEOS, édition 2017-2018!

Nous vos proposons des présentations étudiantes concernant les différents projets de recherche en cours. L'objectif est de susciter une réflexion commune sur un mode davantage informel.

Le format est le suivant: 40-45minutes minutes de présentation + 40-45 minutes de discussion.

Lieu: Local 3212, Pavillon Jean-Coutu, Université de Montréal. Un plan du campus est disponible ici.

Heure: 12h à 13h30

Au plaisir de vous y voir en grand nombre!

*** Horaire des Midi-MEOS ***

Le 8 mai 2018
Thomas GOTTIN


Pluralisme médical et cancer à Montréal : espaces, pratiques, discours

L’utilisation des MAC (Médecines Alternatives et Complémentaires) par des personnes touchées par un cancer est un phénomène croissant dans l’ensemble du monde occidental (Eisenberg, 1998 ; Nissen, 2012 ; Cassileth, 2004 ; Boon, 2000 ;  Broom, 2009 ; Esmail, 2017). Le Québec n’est pas exempt de ces pratiques profanes qui s’expriment majoritairement hors des murs de l’hôpital. Cependant, l’emploi de MAC dans une logique complémentaire est encore très peu considéré par les institutions médicales de la province (Gaboury et al., 2016). Cet état de fait témoigne de la pérennité d’un pluralisme médical toujours vivant qui nous questionne sur la façon dont il est vécu de l’intérieur par celles et ceux qui naviguent entre différentes formes de soins mais aussi sur la façon dont il évolue dans et hors de l’enceinte hospitalière (Sharma et Cant, 1999; Baer, 2011).

Selon notre recherche, cette présentation s’articulera autour de deux axes majeurs afin de comprendre ce que font faire les MAC dans les trajectoires thérapeutiques des soignés et comment ce pluralisme médical s’inscrit dans le système de santé québécois en termes de configurations spatiales. Dans un premier temps, et afin de rendre compte du caractère hybride des MAC et de la pluralité des utilisations qui en sont faites par des soignés touchés par un cancer, notre présentation proposera d’appréhender le pluralisme médical à partir des modalités de recours aux MAC (niveaux d’adhésions et espaces de pratiques) tout en explorant ce qu’implique l’entrée dans le monde du cancer en termes de représentations collectives, de ruptures et de souffrances sociales (Broom et Tovey, 2008). Nous observerons ainsi comment des soignés sont amenés à utiliser des MAC (art-thérapie, visualisation, acupuncture, massothérapie, etc.) en complément de leur traitement et comment ces usages agissent dans leur trajectoire de soins (Rossi, Cohen, Schmitz et al.,  2011). Dans un second temps, nous regarderons comment ce pluralisme médical tend à évoluer et à s’adapter aux paradigmes idéologiques (privatisation de la santé, domination de l’EBM) qui orientent le champ de la santé au Québec. Il en ressort qu'au-delà d’une visibilité progressive des MAC dans l’espace public, leur intégration avec une biomédecine consciente de leur existence apparaît illusoire. C’est cependant à travers leur domestication au cœur de fondations, que leur déploiement au sein des espaces hospitaliers nous ouvre sur une autre facette du pluralisme médical. En ce sens, l’étude des pratiques de nos répondants nous éclaireront sur les enjeux sociaux et culturels entourant l’expérience thérapeutique des soignés et nous amènera à repenser la façon dont une telle cohabitation thérapeutique peut exister au sein d’un paysage thérapeutique protéiforme.


Le 24 avril 2018
Anouck ALARY


Biomédicalisation de l'obésité et biocitoyenneté(s): du "health at any size movement" au tourisme médical de chirurgies bariatriques

La définition de l'obésité comme une maladie chronique et une épidémie globlale et l'introduction de l'indice de masse corporelle comme instrument officiel de mesure de surpoids par l'Organisation Mondiale de la Santé en 1993 institutionnalisent un long processus de médicalisation de la corpulence. Ce nouveau statut s'est accompagné au Canada et au Québec de stratégies d'intervention visant à ramener la population vers la norme à travers la rhétorique du risque et de l'auto-surveillance, elles-mêmes relayées par des représentations médiatiques assez violentes du sujet obèse, présenté comme le paroxysme du "mauvais" citoyen, irresponsable et coûteux pour les services publics. C'est dans ce contexte santéiste que l'on assiste depuis les années 2000 à la naissance de différentes formes de "citoyenneté biologique" (Rose, 2007) s'attachant à renégocier des identités sociales malmenées à travers un travail de revalorisation identitaire passant par le corps. Celles-ci vont en effet du health at any size movement, revendiquant une démédicalisation et une valorisation sociale de la corpulence jusqu'au touristes médicaux de chirurgies bariatriques, mobilisant le marché biomédical global afin d'acquérir le capital biologique nécessaire à leur réinclusion dans la catégorie de citoyen légitime au sein de leur nation d'origine. 

Face à l'impossibilité de se conformer dans le présent au modèle national du "bon" citoyen sain et (re)producteur de lui-même et de sa santé, comment ces mouvements biocitoyens très différents renégocient t'ils respectivement leur "biovaleur" (Waldby, 2002)? Dans quels espaces territoriaux (ville, État-nation, marché transnational, etc.) s'inscrivent t'ils à travers ces négociations? Comment reconfigurent t'ils les significations, ainsi que les droits et les responsabilités traditionnellement liés à la citoyenneté? Finalement, en quoi ces reconfigurations peuvent-elles en retour nous éclairer sur les mutations biopolitiques liées aux transformations postfordistes de l'État?

Cette présentation posera les bases de mon projet de recherche doctorale, qui tentera d'offrir un regard neuf sur les impacts sociaux des discours de santé publique sur l'obésité, tout en éclairant les enjeux sociologiques posés par le tourisme médical de chirurgies bariatriques, dont les coûts des complications postopératoires, qui retombent bien souvent sur les systèmes de santé provinciaux, semblent actuellement inquiéter les autorités fédérales et provinciales. 

Le 10 avril 2018
Janie GAGNÉ

Médecine translationnelle ou "from bench to bedside": (re)penser l'expérimentation médicale et le soin

Résultant d’une longue mutation du domaine de la santé et passant nécessairement le processus de biomédicalisation, la médecine translationnelle entreprend d’ouvrir un nouveau champ d’application, soit en créant un continuum, voire un dispositif unique, menant de la recherche fondamentale aux soins courants. Loin de faire l’unanimité, la médecine translationnelle vient tout de même se heurter aux grands principes édictés par la recherche biomédicale. Découlant majoritairement du contexte après-guerre et des scandales survenus lors du procès de Nuremberg, ces principes visaient notamment la séparation entre le soin et la recherche. Or, depuis la fin des années quatre-vingt-dix apparaît ce que certains désignent comme un « nouveau paradigme » rétablissant la fusion entre le laboratoire de recherche et le chevet du patient, communément nommé recherche translationnelle et médecine translationnelle. Cette dissolution des frontières entre soins, recherches, expérimentations et applications (soit médicales, thérapeutiques ou pharmaceutiques) participe, c’est néanmoins l’hypothèse qui guidera cette recherche doctorale,  à une redéfinition du statut du patient et de sa place dans le domaine médical. Porteuse d’espoir et de promesses, la médecine translationnelle transforme, modifie et redéfinit les relations entre les professionnels de la santé,  les patients, la recherche et les soins. S’identifiant à la fois comme malade et participant, le patient se retrouve doublement défini dans la médecine translationnelle : une fois à travers son lien aux traitements et une fois à travers sa participation à de nouvelles connaissances. L’objectif de cette présentation sera ainsi de partager l’ébauche de mon projet de recherche : sa problématique, son cadre théorique et sa méthodologie. 


Le 1er mars 2018
Étienne LABARGE-HUOT

Du transsexualisme aux identités transgenres: une généalogie de l'expérience québécoise contemporaine des identités trans

Au Québec, une série de lois et de règlements adoptés entre les années 2013 et 2016 a transformé le cadre législatif encadrant la place des personnes trans en société. Auparavant articulé sur le modèle médical traditionnel qui visait à restreindre l’accès à la transition médicale et sociale, les lois québécoises reconnaissent maintenant le droit à la transition légale sans chirurgie de réassignation sexuelle, le droit à la transition pour les mineurs, et la nécessité de protéger les personnes trans dans les milieux dans lesquels ils évoluent par l’inclusion dans la charte des droits et liberté de la personne du Québec de l’identité de genre et de l’expression de genre comme motif interdit de discrimination. Ces transformations législatives peuvent être conçues comme reflétant différentes transformations concernant nos conceptions du sexe, ainsi que différentes transformations dans le discours et la pratique médicale prenant les personnes trans comme objet d’intervention. 

Je me propose d’effectuer une analyse généalogique des pratiques et des discours médicaux et politiques par lesquels notre société a appréhendé les identités trans comme objet de savoir et objet d’intervention, dans le but de comprendre les conditions de possibilité et la nature du changement récent dans le rapport entre notre société et les personnes trans.

Le 13 février 2018
Laura-Maude MOITOSO-GRENIER

 

Sur la pathologisation de la moralité sexuelle: étude de cas chez un groupe d’hommes ayant une attirance sexuelle envers les enfants

Le mot pédophilie a été utilisé dans le discours scientifique pour la première fois par Thérèse Pouilles en 1883 (Ambroise-Rendu, 2014) afin de qualifier l’attirance sexuelle envers les enfants (ASEE) et le terme fut ensuite popularisé par Krafft-Ebing dans son célèbre ouvrage sur les sexualités déviantes. Cette dénomination a évolué au cours de l’histoire pour devenir quelque chose de bien différent, de beaucoup plus complexe, que lorsqu’il a été pour la première fois employé. Aujourd’hui les représentations sociales du pédophile dans les sociétés occidentales sont décrites comme radicalement distinctes de celles du XIXe siècle et pourtant il est possible de voir persister entre elles certaines similarités. Je propose d’étudier comment les notions de pathologie, moralité et loi se sont entremêlées au début des études sur l’attirance sexuelle envers les enfants (ASEE) et comment cette interconnexion a perduré à travers les siècles ; se concrétisant dans le quotidien d’hommes ayant une attirance sexuelle envers les enfants (HASEE) ; afin de mettre en lumière la nature et l’impact réel de l’entrelacement de ces différents concepts.

À travers une analyse sociohistorique du savoir psychologique sur la question de la pédophilie, je propose de problématiser l’évolution de cette classification diagnostique en lien avec des principes de moralité et des considérations légales, afin de pouvoir comprendre les diverses représentations sociales contemporaines de l’attirance sexuelle envers les enfants. C’est d’ailleurs dans le but de comprendre la représentation sociale de l’ASEE que j’effectuerai : premièrement, une mise en perspective de l’évolution de la problématique (par l’analyse de la littérature, etc.) ; ensuite, des entrevues avec des HASEE afin de mieux comprendre leur expérience ; finalement, je procéderai à une réflexion sur les effets de cette catégorisation (morale psychologique, légale, sociale, etc.). J’envisage donc d’employer une méthode d’analyse de discours et de contenu suite à des entrevues en profondeur. L’utilisation de ces types d’analyse permettra d’examiner comment les HASEE conçoivent la représentation sociale de leur attirance, s’ils y adhèrent et quel est son impact dans leurs vies. Le but de l’analyse est d’examiner comment moralité, pathologie, légalité se forment dans leur discours et la valeur, l’importance qu’ils accordent à chacune de ses notions selon leur expérience vécue.


Le 30 janvier 2018
Romain PAUMIER


Enjeux et contextes de production de la réduction des méfaits. Ethnographie de l'activité quotidienne des organismes communautaires spécialisés dans l'intervention de première ligne auprès des usagers de drogue à Montréal.

À Montréal, les organismes travaillant de front sur la question de la consommation de drogues de populations marginalisées, c’est-à-dire dont c’est le mandat premier, sont à peu près les mêmes depuis 1995 : Cactus, Plein Milieu, Spectre de rue, Dopamine, l’Anonyme. Cette stabilité apparente a cependant été accompagnée de très nombreux et très profonds changements pour chacun de ces organismes : multiplication des programmes et des services (1), diversification et homogénéisation du matériel distribué, réactions aux différentes vagues d’overdoses, structuration hiérarchique par les postes de coordonnateurs de programmes (et cliniques), intégration par un statut salarial de la pair-aidance, syndicalisation. Entre d’un côté la volonté de répondre au mieux aux réalités du terrain, et de l’autre les contraintes politiques, juridiques, financières voire morales qui entourent la question des consommations de drogues.

À partir d’une ethnographie (comprenant observation, entretiens semis-directifs et focus group) menée entre mars 2017 et juillet 2018, cette communication propose de comprendre comment une institution (la réduction des méfaits), à travers des organisations (les organismes communautaires), adopte, emploie, écarte ou transforme les contours de son mandat d’action, et la manière dont elle intègre les redéfinitions, internes ou externes, de son activité.

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(1)

La liste est longue : service d’injection supervisé, site fixe, centre de jour, travail de rue, unité mobile, implication sociale, programmes de logement, plateformes de travail, soutien des communautés LGBTQ et des personnes trans, des travailleur.es du sexe, intervention en milieu scolaire, relation de voisinage, intervention en milieu festif, aide à la structuration de groupes d’autosupport et intégration de la pair-aidance, création de « piliers » de l’organisme droit devant.

Le 13 décembre 2017
Andréanne ROBITAILLE

 Transition des soins curatifs aux palliatifs dans le contexte de l'implantation de la Loi québécoise concernant les soins de fin de vie

Mon objet de recherche porte sur l’accessibilité aux soins palliatifs pour la population québécoise dans le contexte de l’implantation d’un nouveau cadre législatif depuis l’automne 2015: la Loi québécoise concernant les soins de fin de vie. Plus spécifiquement, je m’intéresse à la pratique des équipes cliniques lorsque les soins apportés aux patients passent d’une approche curative à une approche palliative. Ce midi-Méos fera un survol des différents enjeux liés cette transition, présentera le cadre législatif québécois et se terminera par la présentation mes questions de recherche.




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