Le Médicament comme Objet Social

Colloque de l'ACFAS 2010

Programme du Colloque de l'ACFAS

Date: 
Jeudi, Mai 13, 2010 - 08:30 - Vendredi, Mai 14, 2010 - 12:00

437 - Des « affections nerveuses » au XIXe siècle aux anxio-dépressions contemporaines : continuités et ruptures

Responsables Johanne COLLIN, Université de Montréal
Marcelo OTERO, UQAM

 

Informations sur le colloque

Description du colloque :
La « nervosité sociale », dont les dépressions et les anxiétés sont les figures de proue dans les sociétés occidentales contemporaines, est devenue à la fois un problème majeur de santé publique et un problème théorique qui ravive les débats notamment entre historiens et sociologues. D'un côté, on met l'accent sur les continuités et les prolongements entres les névroses, les hystéries, les neurasthénies d'hier et les dépressions, les anxiétés et les phobies d'aujourd'hui. De l'autre, on souligne plutôt les ruptures et les irréductibilités entre les univers de problèmes de santé mentale « à haute prévalence » du passé et ceux du présent. Déjà au XIXe siècle, la prévalence des « affections nerveuses » en Europe et en Amérique du Nord était vue comme ayant atteint des sommets jusque-là inégalés. Avec la « découverte » de la neurasthénie à la fin du XIXe siècle, l'accroissement inquiétant des maladies dites nerveuses allait être à l'ordre du jour. Les « névroses freudiennes » captent ensuite progressivement l'attention de sociologues et historiens, bien que ces derniers accordent une préférence marquée à l'étude des « vrais folies » et de ses institutions (asiles, etc.). Vers la fin des années 1970, l'univers des anxio-dépressions prend la relève en matière de « nervosité sociale » et le débat recommencera entre : a) continuistes et rupturistes; b) essentialistes et relativistes. Hier comme aujourd'hui, c'est en médecine générale que bon nombre de ces problèmes très répandus de nervosité, fatigue mentale, dépression sont traités; ceci se traduisant par un consensus relatif quant au caractère « social » de ces affections nerveuses si répandues. Néanmoins, des mésententes disciplinaires persistent autour d'une incontournable question : qu'est-ce qu'on traite exactement? Ce colloque vise à mettre à jour les termes contemporains du débat autour du statut théorique, historique et empirique des « névroses sociales » et du statut anthropologique des « nerveux » qui les incarnent.

 


Sessions

Jeudi 13 mai 2010
Conférence d'ouverture 08:45 - 10:30
Local
MV-E240
Type : orale
Communications
08:45
Mot de bienvenue
09:00
Danilo MARTUCCELLI,
Expériences d'individus, maladies d'époque

10:00
Discussion
10:30
Pause

Souffrance, psychologisation, individu 11:00 - 12:30
Local
MV-E240
Type : orale
Communications
11:00
Marie-Chantal DOUCET, UQAM
Travailler sur soi, une sociologie de la connaissance de l'individu

11:20
Éric GAGNON, CSSS de la Vieille-Capitale
Être accompagné. Autonomie, fragilité et subjectivité dans le monde contemporain

11:40
marianne KEMPENEERS, Université de Montréal
Marie VANBREMEERSCH, Université de Montréal , Isabelle VAN PEVENAGE, Université de Montréal
Les périodes difficiles de la vie : manières de dire, manières de voir

12:00
Henri DORVIL, UQAM
Sigmund Freud, premier sociologue de la santé mentale

12:30
Dîner

Maladies nerveuses : enjeux théoriques, méthodologiques et historiques 14:00 - 15:00
Local
MV-E240
Type : orale
Communications
14:00
André CELLARD
Patrice CORRIVEAU
Éléments pour une sociologie historique du suicide au Québec, 1763-2000

14:20
Isabelle PERREAULT, Simon Fraser University
L'historiographie des « maladies nerveuses » en Amérique du Nord : choix d'objet, perspectives théoriques et méthodologiques, 1970-2010

14:40
Marie-Claude THIFAULT, Université d’Ottawa
Du traitement moral à l'occupation thérapie. Le rôle inusité de l'infirmière psychiatrique à l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu : 1912-1962

15:00
Pause

Catégorisations entre société et culture 15:30 - 17:00
Local
MV-E240
Type : orale
Communications
15:30
Laurence MONNAIS, Université de Montréal
Vietnamien, colonisé et neurasthénique : de l'appropriation d'un mot à la réalité d'un « malaise de civilisation »

15:50
Marie Nathalie LEBLANC, UQAM
Regards transculturels sur les continuités et ruptures « espace-temps » : le cas des afflictions psychiques chez les réfugiés africains à Montréal

16:10
Nicolas MOREAU
Fragilisation de l’individu et normalité : exploration dans l’univers temporel des individus dépressifs

16:30
Stephanie LLOYD, CESAMES (CERMES3)
Entre « allergie des autres » et société pathologique

Vendredi 14 mai 2010
Figures de la nervosité, de la fatigue et de la peur 09:30 - 10:30
Local
MV-E240
Type : orale
Communications
09:30
Catherine MAVRIKAKIS, Université de Montréal
De Louis ll de Bavière à Michael Jackson : représentations de l'affection nerveuse du prince-artiste

09:50
Vincent LAVOIE, UQAM
Photographie de presse et « fatigue compassionnelle » : de l'utilité des études sur le trauma pour l'historien des images d'actualité

10:10
Valérie DE COURVILLE NICOL, Université Concordia
Formes de la peur de soi et dynamiques de la souffrance

10:30
Pause

Nervosité sociale, nervosité d’adaptation 11:00 - 12:30
Local
MV-E240
Type : orale
Communications
11:00
Johanne COLLIN, Université de Montréal
Les « affections nerveuses » d'hier et d'aujourd'hui : déclinaison sur le thème des frontières

11:20
Robert SÉVIGNY, Université de Montréal
Du léger au sévère dans la société moderne

11:40
Marcelo OTERO, UQAM
L'individualité contemporaine à l'épreuve de la dépression

12:00
Synthèse

Conférence d'ouverture

Date: 
Jeudi, Mai 13, 2010 - 08:30

Communications

08:45
Mot de bienvenue
09:00
 Danilo MARTUCCELLI, Non applicable
Expériences d'individus, maladies d'époque

Cet exposé introductif au colloque visera à présenter les principales démarches par lesquelles a été abordée, notamment dans la sociologie, l’articulation entre les transformations de la vie sociale et les changements dans le profil des maladies nerveuses, puis la consolidation de certaines d’entre elles en tant que maladie d’époque. Nous explorerons les conséquences possibles de l’inflexion actuellement repérable du côté de nos représentations sociales de l’individu et de l’individualisme sur cette problématique.

10:00
Discussion
10:30
Pause

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Scéance 1 : Souffrance, psychologisation, individu

Date: 
Jeudi, Mai 13, 2010 - 11:00

Local MV-E240

Communications

11:00
 Marie-Chantal DOUCET, UQAM
Travailler sur soi, une sociologie de la connaissance de l'individu

L’expression « travailler sur soi » est devenue courante dans le langage quotidien. Plusieurs individus s’engagent dans une pratique du travail sur soi, que ce soit à travers la psychothérapie, le développement personnel etou la spiritualité, termes génériques renfermant plusieurs types de cheminement. D’aucuns diront à regret qu’il y a « psychologisation » du social sous la gouverne de l’individu, on annonce même le déclin du lien social. Certains posent au bien-fondé du travail sur soi comme responsabilité morale. D’autres pensent que cette pratique obéit à l’impératif social qui commande à l’individu de s’ajuster de l’intérieur aux prescriptions de bonne conduite. Le travail sur soi serait alors un moyen de se surveiller soi-même et de gérer une certaine souffrance. Le problème est souvent posé en référence au continuum historique de l’assujettissement; de l’aliénation on passe à la responsabilisation comme nouvel ordre normatif. Ces travaux majeurs et pertinents gagneraient à intégrer d’autres issues possibles qui réfèrent à une « marge de jeu » du sujet. L’état des connaissances sur l’individu ne fait pas l’unanimité. Il reste que son apparition à l’avant scène de la conscience contemporaine introduit un rapport particulier (qui n’est pas sans douleur) avec le monde social dont une sociologie de la connaissance de l’expérience subjective pourrait rendre compte.

11:20
 Éric GAGNON, CSSS de la Vieille-Capitale
Être accompagné. Autonomie, fragilité et subjectivité dans le monde contemporain

Depuis une vingtaine d’années dans les sociétés occidentales une multitude de pratiques dites d’« accompagnement » (coatching en anglais) ont fait leur apparition, et cela dans tous les secteurs de la vie : santé, éducation, loisirs et sports, accueil des immigrants, insertion sociale et emplois, etc. Pour surmonter une difficulté ou une épreuve, s’intégrer à nouveau milieu ou améliorer ses relations avec son entourage, les individus semblent avoir besoin de soutien et de conseils. En fait, c’est non seulement l’ensemble des interventions psychosociales qui sont redéfinies en termes d’« accompagnement », mais c’est différentes formes de liens sociaux (familiaux, pédagogiques, professionnels) que l’on pensent désormais comme des « relations d’accompagnement ». Sur la base de recherches portant sur la diversité et l’unité de ce phénomène, je chercherai à comprendre ce qu’il révèle de la transformation des liens sociaux dans le monde contemporain, ainsi que de la manière dont on fait face aux difficultés, à l’anxiété et à la souffrance.

11:40
Marianne KEMPENEERS, Université de Montréal
Marie VANBREMEERSCH, Université de Montréal , Isabelle VAN PEVENAGE, Université de Montréal
Les périodes difficiles de la vie : manières de dire, manières de voir

Dans le cadre d’une enquête biographique menée en 2004 sur les transformations des solidarités famliales au Québec (Échantillon de 500 hommes et femmes nés au Québec entre 1934 et 1954) , nous avons recueilli des données de deux ordres : d’une part, des informations factuelles précises sur les étapes et aléas du parcours familial, professionnel et résidentiel; d’autre part, des informations de nature plus subjective sur un ensemble de sujets parmi lesquels « les périodes difficiles de la vie ». Il s’agissait pour le répondant de dire s’il estimait avoir ou non connu des périodes difficiles au cours de son existence, de qualifier ces périodes et de décrire par qui et de quelle façon il avait été aidé à cette occasion. Nous avons donc en parallèle des « évènements » objectifs susceptibles d’avoir été sources de « difficultés » (maladies, décès, séparations, pertes d’emploi, etc..) et une estimation subjective du degré de difficulté de chaque vie. Une analyse exploratoire de ces données ouvre des pistes intéressantes concernant les définitions de « ce qui pose problème » dans la vie, et plus largement sur le caratère social du malheur.

12:00

  Henri DORVIL, UQAM

Sigmund Freud, premier sociologue de la santé mentale 

En général, chaque siècle apporte un nouveau regard sur les modes de vie et les problèmes éxistentiels du quotidien. Ainsi les états contemplatifs si valorisés dans l'Antiquité gréco-latine, voire au Moyen-Âge sont devenus au XIXe siècle romantique neurasthénie, prélude à quelques  catégories diagnostiques  du DSM-1 de 1952. Partant des thèses de l'historien Jean Delumeau jusqu'à Roger Chartier, j'analyserai l'apport de quelques oeuvres du père de la psychanalyse au niveau de la sociogenèse des maladies et aussi dans ce que les sociologues appellent couramment la marginalité par mouvance du regard social.

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Scéance 2 : Maladies nerveuses : enjeux théoriques, méthodologiques et historiques.

Date: 
Jeudi, Mai 13, 2010 - 14:00

Local MV-E240

Communications
14:00
André CELLARD
Patrice CORRIVEAU
Éléments pour une sociologie historique du suicide au Québec, 1763-2000

Le projet de recherche dans lequel nous nous engageons est à la fois ambitieux et réalisable. Il vise à localiser et à colliger au sein d'une même entité sociale, le Québec, une grande partie sinon la majorité des lettres laissées par les personnes qui se sont suicidées et les témoignages des acteurs sociaux impliqués dans ce drame social, et ce sur une base régulière pendant une période de deux siècles. Nous entendons par la suite utiliser ce matériel d'une richesse exceptionnelle afin de dégager une
sociologie historique de la réaction sociale de la collectivité québécoise à l'égard du suicide à partir d'une époque où celui-ci était considéré et sanctionné par la loi comme un crime grave, jusqu'à aujourd'hui, où il est davantage perçu comme un problème social. Nous nous intéresserons aussi de près aux attitudes et motifs exprimés par les principaux intéressés - les suicidés et leurs proches - à l'endroit de l'agir suicidaire.

14:20
Isabelle PERREAULT, Simon Fraser University
L'historiographie des « maladies nerveuses » en Amérique du Nord : choix d'objet, perspectives théoriques et méthodologiques, 1970-2010

Alors que l’histoire s’institutionnalise et élabore une méthodologie objectivisante et critique entre 1890 et 1960, l’histoire de la psychiatrie demeure l’apanage des médecins et autres spécialistes de la psyché qui retracent l’évolution téléologique de la médecine mentale. Les manières de faire dans ce domaine sont marquées au tournant des années 1960 par les écrits de deux intellectuels, Foucault et Goffman. La démocratisation de l’université et les courants de contestation politiques et sociaux des années 1960-70 jouent aussi un rôle dans ce qu’on appelle alors la « nouvelle histoire sociale ». L’histoire des « maladies nerveuses » par des historiens universitaires date de cette période. Qui sont les premiers historiens nord-américains à s’y être intéressés? À partir de quel type d’archives et dans quelle perspective? Nous verrons d’abord le sujet des débats entre neurologues et aliénistes/psychiatres et l’apparition du concept de « névrose » à la fin XIXe siècle. Nous ferons ensuite un survol des écrits sur deux « grandes maladies nerveuses » entre 1880 et 1950, soit l’hystérie et les psychoses traumatiques (shell-shock). Cette histoire de l’histoire nous permettra de mieux comprendre un champ de recherche spécifique en histoire de la psychiatrie, les « maladies nerveuses », et ce depuis les quarante dernières années.

14:40

  Marie-Claude THIFAULT, Université d’Ottawa

Du traitement moral à l'occupation thérapie. Le rôle inusité de l'infirmière psychiatrique à l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu : 1912-1962

C’est en 1912 que les Sœurs de la Providence créent au Québec la première école de gardes-malades dans un hôpital psychiatrique, spécialisée dans la formation d’infirmières aliénistes. Ces dernières, initiées aux découvertes scientifiques et les nouvelles techniques dans le traitement des maladies mentales et nerveuses étaient également encouragées à cultiver et à développer leur créativité et leurs connaissances artistiques, artisanales ou autre. L’occupation thérapeutique, au cœur de l’approche morale déjà en vogue dès l’ouverture de l’asile en 1873, et toujours considéré comme étant « moderne » en 1937, est un traitement par le travail ou une activité de loisir et de récréation très bien structuré en trois départements dans les années 1950 à l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu. Utilisée tant avec les dépressifs que dans les cas de psychose, de névrose ou chez les malades arriérées ou séniles, cette approche thérapeutique permet à l’infirmière de jouer un rôle qui se distingue de celui pratiqué en médecine générale et devient même assez inusité. Inévitablement, notre enquête au sein des Archives Providence et les Archives de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine nous oblige à questionner tant les principes théoriques de soins enseignés à l’École des gardes-malades que la réelle faisabilité des interventions thérapeutiques suggérées aux étudiantes. Du traitement moral à l’occupation thérapie. Le rôle inusité de l’infirmière psychiatrique à l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu : 1912-1962.

 


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Scéance 3 : Catégorisation entre société et culture

Date: 
Jeudi, Mai 13, 2010 - 15:30

Local MV-E240

Communications
15:30
Laurence MONNAIS, Université de Montréal
Vietnamien, colonisé et neurasthénique : de l'appropriation d'un mot à la réalité d'un « malaise de civilisation »

La neurasthénie constituerait, encore aujourd’hui, un problème de santé mentale d’importance auprès de certaines populations asiatiques, en Asie (en Chine en particulier) comme en contexte diasporique (dont auprès des réfugiés du Sud-est asiatique). Maladie anachronique aux yeux des Occidentaux, elle serait devenue un syndrome construit (culture-bound syndrome) et exotique. Dans le cadre de notre présentation, nous voulons aborder cette identité culturelle d’un point de vue historien et en discuter les contours et les limites dans le cadre du Viêt nam sous domination française (1858-1954). En retraçant les mentions, les définitions et les emplois qui sont faits du terme « neurasthénie » dans la presse médicale et populaire de l’entre-deux guerres, il s’agira de mieux saisir certaines des réalités historiques qui ont pu façonner l’identité complexe et confuse de ce problème de santé. Nous mettrons tout particulièrement l’accent sur la relation qui a pu se tisser entre domination coloniale et développement d’un « malaise de civilisation » du côté des Vietnamiens. Une relation qui aurait produit une neurasthénie vietnamienne, à l’heure de l’exportation et de la réappropriation locale du modèle biomédical mais aussi d’un changement social important, en particulier en milieu urbain où croît la pauvreté, la nécessité de performer, ou encore le suicide et la pollution sonore.

15:50
Marie Nathalie LEBLANC, UQAM
Regards transculturels sur les continuités et ruptures « espace-temps » : le cas des afflictions psychiques chez les réfugiés africains à Montréal

Dans cette communication, nous proposons de réfléchir sur la question des continuités et des ruptures quant à la «nervosité sociale » dans une perspective transculturelle et synchronique. Pour ce faire, nous examinerons divers cas d’afflictions psychiques, plus spécifiquement ceux de la dépression et du stress post-traumatique, chez des réfugiés d’origine africaine résidants à Montréal. Ces études de cas mettent en lumière les articulations entre les trajectoires transnationales des réfugiés, les parcours de la détresse psychosociale et les différents régimes d’interprétation de cette détresse. Nous proposons ainsi de déplacer la réflexion des enjeux de la transformation diachronique des afflictions psychiques dans le contexte des sociétés occidentales vers ceux de la mise en œuvre d’espaces de médiation entre divers régimes d’interprétation de la détresse, à savoir les explications biomédicales, les schèmes interprétatifs religiospirituels, les empruntes socioculturelles et les conjonctures historiques. Les études de cas discutés dans cette communication sont tirées de nos collaborations en tant que médiatrice culturelle dans le Service de consultation culturelle du département de psychiatrie communautaire de l’Hôpital général juif de Montréal.

16:10
Nicolas MOREAU
Fragilisation de l’individu et normalité : exploration dans l’univers temporel des individus dépressifs

 

16:30

  Stephanie LLOYD, CESAMES (CERMES3)

Entre « allergie des autres » et société pathologique

Il existe peu de condition psychiatrique plus clairement ‘sociale’ que « la phobie sociale ». Néanmoins, depuis 1980, la biologisation de ce trouble aux Etats-Unis puis son ‘exportation’ en France ont mené à une nouvelle logique des états anxieux. Les ‘phobiques sociaux’ (PS), comme ils se désignent, sont pris entre deux modèles explicatifs de leur expérience : l’un biologique et l'autre social. Les modèles biologiques décrivent les PS comme des gens normaux chez qui des processus neurochimiques induisent les pensées et comportements symptomatiques et inadaptés. Le 2ième modèle explicatif met l’accent sur le ‘social’ : Il postule l'instabilité politique et économique française comme valorisant les comportements extravertis, situés sur un pôle comportemental opposé aux PS. Selon cette perspective, si la dynamique de la société changeait, permettant aux PS de mener une vie normale, leurs problèmes se situeraient à un niveau sub-syndromique. Ici, le ‘social’ marque une aversion à évoquer des différences biologiques fondamentales entre des populations. Elle préfère insister sur la réadaptation et l'amélioration de l'individu, reflétant des tendances Lamarckiennes fortes en France. Nous reviendrons donc sur les tensions existantes entre deux modèles incompatibles de la phobie sociale et interrogerons le potentiel historique ‘révolutionnaire’ de la ‘société’ et des citoyens français.


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Scéance 4 : Figures de la nervosité, de la fatique et de la peur.

Date: 
Vendredi, Mai 14, 2010 - 09:30

Local MV-E240

Communications
09:30
Catherine MAVRIKAKIS, Université de Montréal
De Louis ll de Bavière à Michael Jackson : représentations de l'affection nerveuse du prince-artiste

Je tenterai de montrer qu’il existe une continuité dans la représentation de l’affection nerveuse chez le souverain du XIXe siècle passionné d’art que fut Louis II de Bavière et chez l’artiste intronisé que fut Michael Jackson. Il s’agit à travers ces deux représentations d’un pouvoir esthétique au masculin de saisir une même figuration d’un mal-être qui se caractérise dans le discours social par une folie des grandeurs (constructions dans les deux cas de château et de propriétés démesurées), par de nombreuses rumeurs sur le trouble de l’identité sexuelle, par une neurasthénie constante, par une fin tragique et par une mise en scène kitsch. La médicalisation du corps participe dans les deux cas à la plastique de la représentation. Je tenterai de montrer en m’appuyant prinicipalement sur ces deux exemples, comme la littérature au XIXe siècle, au moment même où naît la psychanalyse et la pathologisation de l’identité sexuelle (Foucault), portait aussi en elle cette représentation du prince-artiste « nerveux » en m’attardant sur trois romans culte de l’époque : À rebours de Huysmans, Le roi vierge de Catulle Mendès et Monsieur Vénus de Rachilde. Le cas du chanteur Klaus Nomi mort en 1983 du sida qui citait Louis II de Bavière à travers son art m’aidera à compléter cette réflexion sur la persistance imaginaire de l’affection nerveuse au masculin du prince-artiste.

09:50
Vincent LAVOIE, UQAM
Photographie de presse et « fatigue compassionnelle » : de l'utilité des études sur le trauma pour l'historien des images d'actualité

La notion de « fatigue compassionnelle » (Joinson, 1992; Figley, 1995), aussi appelée « stress post-traumatique secondaire », renvoie à l’épuisement émotionnel éprouvé par des individus exposés à la souffrance et à la douleur des autres. Le déclin de l’empathie et l’émoussement du sentiment de compassion caractérisent l’état des personnes atteintes de ce trouble. La fatigue compassionnelle a pour cause des expériences vécues et pour terreau des situations réelles. Mais qu’en est-il des images montrant ces mêmes réalités ? Qu’en est-il de leur potentiel anxio-dépressif sachant que nous pouvons soutenir en images ce qui nous serait insupportable en réalité? Les images sont-elles, au même titre que le réel, génératrices de fatigue compassionnelle? Des études récentes dans le domaine des études visuelles ont tenté de cerner les contours de cette accoutumance à la douleur des autres dont les images seraient responsables (Sontag, 2003; Galard, 2004). Parmi celles-ci, certaines ont recours à la notion de fatigue compassionnelle (Moeller, 1998) pour expliquer notre apathie (psychologique, politique, sociale) face à la désolation du monde. Les images de presse et les médias de masse figurent au banc des accusés. Cette communication entend interroger la validité de ce déplacement notionnel de la littérature psychologique aux études photojournalistiques et médiatiques.

10:10
Valérie DE COURVILLE NICOL, Université Concordia
Formes de la peur de soi et dynamiques de la souffrance

Dans ses écrits sur le processus de civilisation, Norbert Elias cherche à différencier les dynamiques de la souffrance qui caractérisent les sociétés dites violentes et guerrières du Moyen-âge de celles qui caractérisent les sociétés dites pacifiques et civilisées de la modernité. Elias renvoie les nouvelles dynamiques de la souffrance de ces dernières à la montée d'une peur de soi provoquée par le développement du surmoi, ou du soi moral. Partant d'une lecture critique du projet d'Elias, j'élabore une typologie plus complexe des formes de la peur de soi qui rend compte de configurations variées du rapport à soi dans le gouvernement de soi. La plus grande ou moindre importance de l'une ou l'autre de ces formes dans un groupe social nous permet de saisir certaines des dynamiques de la souffrance qui l'animent et peut constituer le fondement d'analyses sociales, culturelles, politiques et historiques comparatives.


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Scéance 5 : Nervosité sociale, nervosité d'adaptation

Date: 
Vendredi, Mai 14, 2010 - 11:00

Local MV-E240

Communications

11:00
Johanne COLLIN, Université de Montréal
Les « affections nerveuses » d'hier et d'aujourd'hui : déclinaison sur le thème des frontières

On a beaucoup focalisé sur l’interprétation de l’actuelle «épidémie» de la dépression comme d’un épiphénomène, ou mieux, un phénomène emblématique de la modernité tardive ou avancée, issu d’une reconfiguration du lien social, de la montée d’un individualisme de masse, d’un remodelage de la subjectivité contemporaine. Mais la dépression est-elle si étroitement liée à des transformations sociales «récentes» i.e. ayant eu cours depuis quelques décennies? Comment se fait-il que fin 19e et milieu 18e, on soit tout aussi inquiet de ce qui semble se présenter comme une véritable «épidémie» d’affections nerveuses? Qu’est-ce qui est à l’œuvre au juste? Hier comme aujourd’hui, une problématique récurrente se décline aussi sur le thème des frontières. À la porosité des frontières entre les différentes entités nosographiques associés aux «troubles nerveux» s’ajoute le problème des traitements, de leur efficacité et de la délimitation des frontières entre les experts (psychiatres, autres spécialités médicales, médecins généralistes, non médecins) concernant leur prise en charge. Considérés à chaque époque comme un «signe des temps», ils apparaissent comme des construits (ou à tout le moins des agrégats) socio-culturels extrêmement féconds pour comprendre les transitions historiques (démographiques, socio-économiques, scientifiques et culturelles) majeures des sociétés dans lesquelles ils s’inscrivent.

11:20
Robert SÉVIGNY, Université de Montréal
Du léger au sévère dans la société moderne

Trois réflexions sur le sens de cette dichotomie :

* La dichotomie léger-sévère n’a-t elle pas comme résultat d'occulter la "nervosité" chez ceux ou celles qui sont “diagnostiqués” comme souffrant de maladie “sévères”? Le schizophrène, par exemple, peut-il expérimenter, aussi, la dépression ou de la nervosité devant la façon dont sa société "moderne" traite ceux qui ne peuvent plus jouer le jeu de la "performance"?
* Les maladies "graves" sont aussi des constructions collectives qui impliquent des personnes, des groupes, des institutions, des processus culturels. Tout cet univers social qui entoure la "maladie grave" est-il imperméable à la "nervosité"?
* Même si les maladies "sévères", sont beaucoup étudiées dans le contexte des nouvelles technologies, qu'en est-il du sens de ces maladies et de ces technologies dans un contexte de modernité ?

Mon point de départ pour ces interrogations:

1. Une longue expérience de ce domaine qui s'appelait jadis dynamique des groupes, relations "humaines" ou développement de la personne: de la psychothérapie pour les gens "normaux qui frôlaient parfois la folie "?

2. Mon intérêt, depuis une vingtaine d'années, pour l'expérience de la schizophrénie dans la Chine urbaine post-Maoïste.

11:40
Marcelo OTERO, UQAM
L'individualité contemporaine à l'épreuve de la dépression

Si les névroses d’hier révélaient des orientations normatives solidement reliées à l’enfance, aux tensions familiales, à la répression (de «son» désir) et au passé, la dépression contemporaine, et de plus en plus les anxio-dépressions, révèle des orientations normatives solidement reliées aux tensions du monde adulte du travail, au rapport à soi (notamment «ses» limites) et au présent. L’ancienne série «névrose, psychanalyse, famille, répression, psyché, passé» est remplacée aujourd’hui par la série «dépression, antidépresseurs, travail, limites, corps, présent». Cette nouvelle série montre de quelle manière l’individualité contemporaine est à la fois mise à l’épreuve, révélée et assistée différemment que par le passé.

12:00
Synthèse


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